Kitagawa UTAMARO (1753-1806) :
"Kajiwara Genta et la courtisane Umegae" (Kajiwara Genta, Keisei Umegae)
De la série "Comparaison des sentiments véritables : Les sources de l’amour"
(Jitsu kurabe iro no minakami)
Éditeur : Nishimuraya Yohachi (Eijudō)
Période Edo
Date : 1798–99 (Kansei 10–11)
Technique : Gravure sur bois en couleurs (nishiki-e)
Format : Ôban tate-e
Signature : Utamaro hitsu (歌麿筆)
Sceau Kiwame
Catalogue Raisonné :
Graybill et al, The Artist's Touch, the Craftsman's Hand (Portland Art Museum cat., 2011), #60; Ukiyo-e shûka 3 (1978), list #367.6; Shibui, Ukiyo-e zuten Utamaro (1964), 110.2.2; Yoshida, Utamaro zenshû (1941), #369
Un exemplaire de cette estampe se trouve au Musée des Beaux-Arts de Boston (MFA).
Cette estampe est en vente à notre galerie QUAI D'ART :
Pour plus de renseignements, contactez Frédéric Nguyen, spécialiste en estampes japonaises, qui vous accueillera avec plaisir à la galerie QUAI D'ART.
Adresse de la galerie : 100 boulevard Lefebvre, 75015 Paris.
Téléphone de la galerie : 01 42 50 74 28
La galerie est ouverte :
Du lundi au vendredi, de 11h à 19h30
Le samedi et le dimanche, de 10h à 19h30
Kitagawa Utamaro (vers 1753-1806) occupe une place à part dans l’histoire de l’ukiyo-e. Il est surtout célèbre pour ses portraits de femmes, les bijin-ga, qui ont fait de lui l’un des artistes les plus recherchés et les plus admirés de l’époque d’Edo. À travers ses estampes, courtisanes, geishas, femmes célèbres et élégantes de la société urbaine deviennent les héroïnes d’un monde raffiné, sensuel et profondément humain.
Utamaro ne se contente pourtant pas de représenter la beauté féminine. Ce qui frappe dans son œuvre, c’est sa capacité à suggérer la personnalité d’un modèle par un détail presque imperceptible : un regard détourné, une bouche légèrement entrouverte, une tête inclinée, une main posée avec délicatesse. Dans ses portraits, le visage devient un véritable paysage intérieur.
L’une des grandes innovations d’Utamaro réside dans ses portraits en gros plan, les ōkubi-e. En rapprochant considérablement le personnage du spectateur, il réduit l’importance du décor et concentre toute l’attention sur le visage, la coiffure, le cou et les épaules. Cette composition donne à ses modèles une présence saisissante.
Les femmes d’Utamaro semblent ainsi prises dans un moment d’intimité. Elles ne posent pas toujours frontalement. Certaines regardent ailleurs, d’autres semblent écouter, réfléchir ou rêver. L’artiste transforme ces gestes infimes en véritables expressions psychologiques.
Cette subtilité est essentielle. Chez Utamaro, la beauté n’est jamais figée. Elle possède une humeur, une fragilité, parfois même une mélancolie. Derrière le maquillage, les somptueux kimonos et les coiffures élaborées apparaît une femme dont le regard semble échapper au rôle social que l’image lui assigne.
Les estampes d’Utamaro sont aussi de précieux témoignages de la culture urbaine d’Edo. Les coiffures complexes, les ornements, les étoffes, les éventails et les accessoires sont représentés avec une grande attention. Le kimono devient presque un langage graphique : ses motifs rythment la composition et soulignent la silhouette.
Mais l’artiste ne cherche pas seulement à documenter la mode. Il crée une véritable esthétique de la sophistication. La ligne est élégante, les couleurs sont souvent délicates et les compositions semblent dépouillées malgré la richesse des costumes.
Cette harmonie explique en partie la fascination que son œuvre continue d’exercer. Les estampes d’Utamaro donnent l’impression de pénétrer dans un monde où chaque geste, chaque vêtement et chaque détail possède une signification.
Ce qui rend Utamaro particulièrement moderne est peut-être la place qu’il accorde à la personnalité de ses modèles. Il ne cherche pas uniquement à montrer une femme belle selon les critères de son époque. Il s’intéresse à son attitude, à son caractère et à l’émotion qui traverse son visage.
Ses estampes peuvent ainsi être regardées comme de véritables études de l’intime. Un sourire à peine esquissé, un regard perdu ou une posture légèrement courbée suffisent à créer une atmosphère. Le spectateur est alors invité à imaginer ce qui se passe derrière l’image.
Lorsque l’art japonais commence à être largement découvert en Europe au XIXᵉ siècle, Utamaro devient rapidement l’un des artistes les plus admirés par les collectionneurs et les artistes occidentaux. Ses cadrages audacieux, ses compositions asymétriques, ses lignes élégantes et son utilisation des aplats de couleur participent à la fascination exercée par l’estampe japonaise.
Son influence se retrouve notamment dans la manière dont certains artistes européens découvrent une nouvelle façon de cadrer un visage, de simplifier une composition et de suggérer une émotion sans recourir au réalisme traditionnel.
Plus de deux siècles après sa disparition, Utamaro demeure ainsi bien davantage qu’un illustrateur des beautés d’Edo. Son œuvre nous parle d’apparence, de séduction, mais aussi de solitude, de rêverie et de fragilité.
Chez Utamaro, le véritable sujet n’est peut-être pas la beauté elle-même, mais ce qui se cache derrière elle : un regard, une émotion, une présence humaine. C’est cette intimité silencieuse qui donne à ses femmes une modernité et une puissance de fascination toujours intactes.